Appalachian Trail

Traversée des Appalaches à pied en suivant le mythique Appalachian Trail. 3500 kilomètres de la Géorgie, au nord d’Atlanta au Maine au niveau de Montréal en traversant 14 états : la Géorgie, la Caroline du Nord, le Tennessee, la Virginie, la Virginie de l’Ouest, le Maryland, la Pennsylvanie, le New Jersey, l’état de New York, le Connecticut, le Massachusetts, le Vermont, le New Hampshire et le Maine.


Lien vers la page avec le récit de la traversée des Appalaches

Présentation de l’Appalachian Trail

L’Appalachian Trail est un sentier de 3500 kilomètres qui parcourt la chaîne des Appalaches pratiquement sur toute la longueur. Il relie la Géorgie, au nord d’Atlanta au Maine au niveau de Montréal en traversant 14 états : la Géorgie, la Caroline du Nord, le Tennessee, la Virginie, la Virginie de l’Ouest, le Maryland, la Pennsylvanie, le New Jersey, l’état de New York, le Connecticut, le Massachusetts, le Vermont, le New Hampshire et le Maine.

Le sentier a été tracé dans des zones sauvages, aujourd’hui presque entièrement protégées. L’ambiance est assez « Into the wild » avec souvent plusieurs journées sans croiser de traces de la civilisation et donc en autonomie. Il est réputé pour ses longs parcours en forêt, et donc pas forcément pour ses panoramas.

Sans être technique, il a été tracé assez directement avec des montées raides. En Nouvelle Angleterre, il est fréquent de s’aider de ses mains pour les passages les plus difficiles. Certaines parties sont équipées d’échelons en fer ou en bois. Le point de passage le plus haut, le Clingmans Dome dans les Great Smokey Mountains dépasse juste les 2000 mètres d’altitude (2026m).

Le sentier a été imaginé dans l’entre deux guerre par Benton MacKaye. En 1937, il relie la Géorgie au Maine. Earl Shaffer est connu pour être le premier, en 1948, à avoir fait l’ensemble du parcours d’un seul trait en 124 jours. En 2015, 1968 randonneurs ont été enregistrés comme ayant fait la totalité de la traversée. La popularité du chemin ne fait qu’augmenter et ils étaient 3133 en 2016. Le record a été établi en 2017 par Joe McConaughy en 45 jours, 12 heures et 25 minutes. Cela fait une respectable moyenne de 77 kilomètres par jour…

Le sentier est très bien balisé avec des marques (rectangles blancs) et on peut s’en sortir pratiquement sans carte. Proche des agglomérations de l’est américain, il est fréquenté par des millions de personnes, le plus souvent pour des randonnées à la journée. Cette popularité n’est pas sans poser des problèmes de surfréquentation. Le livre de Bill Bryson « Promenons nous dans les bois » paru aux Editions Payot dans sa version française et le film qui en a été tiré « A walk in the woods » (« Randonneurs amateurs » en français) avec Robert Redford, sorti en 2016 a encore accentué le phénomène.

Guides
Le sentier est populaire et extrêmement bien documenté. Deux guides dominent le haut du pavé : le Thru-Hiker Companion par l’Appalachian Trail Conservancy dont on trouve des versions pdf plus anciennes sur internet et l’A.T.Guide by David “Awol” Miller. Sur ces deux guides, se trouvent toutes les informations : abris, sources, dénivelés, points de ravitaillement, hébergement…

Cartes
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Ce site de cartes donne accès au parcours sur des cartes topographiques. Dans la bibliothèque de fonds de carte, choisir USA Topo Maps et dans « Turn on the layers », cocher A.T. Shelter si vous voulez situer les abris.
Pour les parties qui traversent des parcs nationaux, il est possible de télécharger des cartes sur le site npmaps.

Sites Internet
Le site de l’Appalachian Trail Conservancy est incontournable.
Sur le forum White Blaze, on trouve de nombreuses discussions sur l’Appalachian Trail (équipement, approvisionnement, hébergement, contacts…).
On trouve également des informations sur le site de l’ALDHA ou sur le site The Trek.

Permis – inscriptions…
Facultative, mais intéressante, l’inscription sur le site de l’Appalachian Trail permet de voir les dates de départ déjà très prisées. A la fin de l’Appalachian Trail, il est possible de demander un « 2000 miler application » et de recevoir un beau « Certificate of Congratulations ».
Le seul permis payant est celui pour traverser le parc national des Smoky Mountain. Pour cela, faire la demande sur le site du parc Great Smoky. Le permis pour les thru-hikers coûte 20$. Bien conserver le document papier, il y a de grandes chances que vous soyez contrôlé (cela m’est arrivé deux fois).
Pour le parc de Shenandoah, l’inscription se fait directement en bord de chemin à l’entrée du parc. Remplir le document et attacher l’étiquette sur le sac à dos.
Dans le parc de Baxter, il vous faudra vous enregistrer avant de faire l’ascension du mont Katahdin.

Logistique
Environ, tous les 10-20 kilomètres se trouvent des abris. Il s’agit en général d’une petite cabane en bois fermée sur trois côtés. Compte tenu de la fréquentation, il faut également porter une tente. Le ravitaillement se fait tous les 3-4 jours en moyenne au croisement de routes de montagnes et en général en s’écartant du sentier pour rejoindre une localité en aval. La partie la plus sauvage se situe dans le Maine, à la fin du parcours pour ceux qui viennent du sud avec les 100 miles sauvages (100 miles wilderness). Ces 160 kilomètres ne sont pas complètement sauvages puisque on y traverse une route et il y a un camping au bout de 120 kilomètres… Pour éviter l’impact environnemental, il est demandé de ne pas camper en dehors des endroits mentionnés dans les guides. Cela est particulièrement strict dans les parcs et au-dessus de la limite de la végétation (par exemple en Nouvelle Angleterre).
Les endroits pour camper et les abris sont en général équipés de toilettes. Dans le Tennessee ou l’état de New York, cela n’est pas le cas et il y a en général une pelle pour ne pas laisser de traces de son passage.
Les guides indiquent les hébergements dans les auberges, hôtels ou motels. Certains sites répertorient les auberges sur l’Appalachian Trail comme sur  le forum White Blaze .
Dans certains cas, les campings ou les abris sont payants. C’est le cas notamment dans certains sites des Green Mountains au Vermont, dans les White Mountains (10$) ou au pied du mont Katahdin (10$).
Dans les White Mountains, il est possible de rester dans les refuges (Huts) en travaillant (Work for Stay). Il y a en général, chaque soir, une poignée de thru-hikers qui peut le faire selon la règle « premier arrivé – premier servi ». Pour un travail le soir ou après le petit-déjeuner (vaisselle, nettoyage…) qui dure en général une petite heure, on a le droit de manger (après le service, les restes) et de dormir dans le réfectoire. Le prix normal de la demi-pension dans les Huts est autour de 150$…

S’orienter – suivre le sentier
Le sentier est remarquablement bien balisé et il ne nécessite pas d’avoir de carte pour s’orienter. Personnellement, j’avais téléchargé une trace gpx de l’Appalachian Trail et, en quelques occasions seulement, j’ai consulté mon application de randonnée pour vérifier si j’étais sur le bon chemin ou pour le retrouver. J’ai fonctionné avec l’application ViewRanger sur un fond de carte OpenStreetMap. Les tuiles (fonds de carte) préalablement téléchargées permettent d’y avoir accès sans avoir de réseau.

Réseau
Verizon est celui qui a la réputation d’avoir la meilleure couverture sur l’Appalachian Trail. Pour des raisons de compatibilité de leurs bandes avec mon téléphone européen, j’ai pris un abonnement AT&T. Globalement, j’ai rarement eu plus d’une journée sans avoir du réseau. Du haut des sommets, on arrive assez fréquemment à capter un signal.

Budget
De Springer Mountain au mont Katahdin (pour moi 110 jours dont 108 à marcher), j’ai dépensé en moyenne 40€ par jour. Ce montant n’inclut pas les frais pour aller au point de départ et pour revenir (avion, bus, hôtel…). Il comprend par contre mon abonnement téléphone AT&T, une paire de chaussures à mi-parcours et 11 nuits en hôtel en chambre individuelle (les hôtels sont assez chers)…
Le coût de la nourriture peut énormément varier selon ses choix. Un repas lyophilisé dans les endroits isolés coûte près de 8€. Un paquet de purée en flocon moins de 2€…Certains faisaient des achats par internet sur des sites spécialisés et se faisaient livrer quelques étapes plus loin. Les américains dépensent beaucoup moins que moi en nourriture. C’est du genre snack, thon, purée (guère plus de 10€ par jour). Les restaurants sont vite chers et j’en ai eu un certain nombre…
J’aurais donc tendance à dire qu’il faut prévoir un budget de base de 20€ par jour et après c’est selon les choix de chacun.

Eau
Les guides indiquent l’ensemble des points d’eaux. Sauf à de rares exceptions, il est facile de se ravitailler.

Dangers – précautions d’usage
Le plus gros danger, voire le seul, est celui de la faune sauvage. Celui qui présente le plus de risque est probablement le plus petit…

Zones touchées par la maladie de lyme

Tiques – Maladie de lyme : la Nouvelle Angleterre est particulièrement touchée (voir la carte). Il faut faire particulièrement attention dans les rares traversées de prairies et notamment avec des herbes hautes. Dans ces cas, j’utilisais un répulsif anti-insectes.
Moustiques – mouches noires (Black flies) : Là encore, la Nouvelle-Angleterre est particulièrement concernée. Certaines parties sont des paradis à moustiques avec lacs, chaleur humide en été… Les mouches noires sont particulièrement pénibles avec un nuage de mouche noires qui piquent. Elles sont surtout présentes entre fin mai et début juillet. J’ai donc évité la période la plus difficile. Il n’y a qu’un soir où sortir pour satisfaire un besoin naturel était une véritable épreuve…
Serpents : le principal serpent dangereux est le crotale des bois (timber rattlesnake). J’en ai vu deux en bord de chemin. Pas très sympathique comme animal. Il y a de très nombreux autres serpents et notamment des assez grosses couleuvres agiles noires.

Méthode PCT

Ours : l’ours brun est un incontournable et en voir fait partie de l’expérience de l’Appalachian Trail. La partie centrale (Shenandoah National Park, New Jersey…) est la zone où on a le plus de chances d’en voir. J’en ai vu 4 durant toute la traversée dont deux vraiment très proches…Pas de panique dans ces cas et s’éloigner tranquillement. En principe, on ne risque rien. J’ai pratiquement tous les soirs protégé ma nourriture en utilisant les caisses pour stocker la nourriture, les systèmes pour la suspendre ou en utilisant la méthode PCT (Pacific Crest Trail). Pour cela, avoir avec soi environ 20 mètres de corde, un mousqueton et un sac étanche.

La plante ivy – Toxicodendron Radicans

Parmi les autres dangers, attention aux plantes ivy. Elles sont hautement allergènes et urticantes. Ne pas toucher et si c’est le cas, ne pas se gratter pour éviter de propager la zone infectée. Elle est très présente sur les bords de chemin.

Climat
Le climat est réputé changeant avec des pluies abondantes au printemps. Après ma traversée de l’Italie en 2016, cela ne m’a pas changé… Pour ceux qui partent du nord, il faut attendre fin mai, début juin pour que les chemins soient ouverts. Ceux qui partent du sud, le font souvent en mars et peuvent dans la première partie trouver de la neige.

Visa B2 pour les États-Unis
Sauf à vouloir taquiner les records pour le parcours complet de l’Appalachian Trail, il vous faudra un visa B2 pour plus de 3 mois. Il est limité à 6 mois, ce qui laisse de la marge. Il m’a fallu un peu moins de 4 mois pour faire toute la traversée à une respectable moyenne journalière de 33 kilomètres.
Pour un visa touristique B2, il faut
– remplir un questionnaire sur le site du consulat. Bien respecter le format spécifique et les contraintes pour la photo (pas de lunettes…)
– payer les 144€ de frais- prendre RDV au consulat des Etats-Unis à Paris (uniquement, ce n’est pas possible en province)
– pour le RDV, les mesures de sécurité sont draconiennes (pas de bagage, ordinateur, le téléphone portable est laissé à l’accueil). Après l’enregistrement et les prises d’empreintes, vous aurez un rendez-vous avec une personne du consulat. Ce rendez-vous est rapide mais important. Il faut être en mesure de justifier que vous avez les ressources nécessaires à votre projet, que vous n’avez pas l’intention de vous installer aux Etats-Unis, que vous êtes de bonne foi…
Si vous avez su convaincre votre interlocuteur, vous recevrez quelques jours après votre passeport avec votre visa B2 pour les États-Unis.

Lexique pour comprendre l’Appalachian Trail

Ci-dessous, un petit lexique pour devenir un connaisseur de l’Appalachian Trail, l’AT pour les intimes. L’Appalachian Trail n’est pas très connu en Europe, alors pour épater en société, quelques informations pour décrypter le jargon de l’AT :

La triple couronne
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L’Appalachian Trail, le Pacific Crest Trail et le Continental Divide trail sont les 3 principaux longs chemins des Etats Unis. Celui qui a réalisé ces 3 traversées est un marcheur à la triple couronne.
Le CDT est le plus long et le moins fréquenté. Le visa américain B2 de 6 mois risque d’être un peu juste.
Le PCT est plus long que l’AT mais plus facile. Il est praticable avec des mules sur des chemins qui montent graduellement alors que l’AT emprunte des voies plus escarpées. Il offre de superbes vues sur les Rocheuses avec des paysages plus variés (désert, montagnes…) et plus alpin. Par contre, il traverse des zones moins peuplées et nécessite d’être en autonomie sur des distances plus longues.
L’AT est moins varié avec de nombreuses journées dans les forêts sans points de vue. Le climat y est plus imprévisible et pluvieux. Il y est plus facile de se ravitailler dans les localités traversées ou en faisant du stop pour rejoindre les villes proches du sentier.
Mon choix s’est porté sur l’AT justement pour cette raison. Je ne suis pas fanatique des marches avec 7 jours d’autonomie. Pour une première aux USA, la traversée de petites villes de l’Amérique profonde n’est pas pour me déplaire. Avec ses 3500 kilomètres, la longueur reste tout de même respectable ! Donc tant pis pour les longues marches sous la pluie dans les forêts, ce sera l’AT.

Thru-hikers
La race noble des marcheurs de l’AT sont les thru-hikers qui font la totalité du chemin dans l’année. En 2015, il y a eu environ 1000 thru-hiker sur l’AT. En très grande majorité, ils sont américains. Il y eu, cette année là, une petite trentaine d’étrangers à majorité allemande.
J’ai rencontré des québécois, quelques européens, effectivement en majorité des allemands et une dizaine d’autres nationalités (1 français, 1 suisse, anglais…). La très grande majorité des thru-hikers sont des hommes, blancs, américains et barbus…

Nobo, Sobo et Flip-flop
Les nobo (north bounders) font la traversée du sud au nord, depuis Springer Mountain à proximité d’Atlanta en Géorgie au mont Katadhin près de la frontière québécoise. Cela permet de remonter le pays au printemps avec la hausse progressive des températures et de terminer par la partie la plus sauvage et rude dans le Maine. Il y a donc surtout des NOBO. Pour éviter le monde, certains le font dans l’autre sens.
Les sobo (south bounders) doivent attendre l’ouverture des chemins au nord, fin mai, début juin, avant de commencer. Ils se retrouvent en Nouvelle-Angleterre à la période des mouches noires (black flies, prosimulium mixtum pour les scientifiques). Comme chacun sait, ces petits insectes piquants prolifèrent entre le mother’s day (la fête des mères, le deuxième dimanche de mai) et le father’s day (la fête des pères, le troisième dimanche de juin). Avec les 4 à 6 mois de marche nécessaires, les SOBO sont dans les forêts du sud à la période de la chasse. Et chacun sait qu’un américain avec un fusil est autrement plus dangereux qu’une petite mouche noire. Courageux mais pas téméraire, je suis resté classique et ai fait la traversée en tant que NOBO.
Il y a aussi les Flip-flop. Ils partent du milieu, vont au nord puis rejoignent leur point de départ pour faire la partie sud.

Trail name
Sobo, nobo ou flip-flop, chacun est affublé d’un trail name (un surnom sur le chemin). On ne s’appelle pas par son prénom mais avec ce surnom. C’est très américain et assez ancien. Il est écrit que quand on fait l’Appalachian Trail, on laisse ses marques pour être un autre homme. Le trail name est soit choisi par le marcheur soit trouvé par ses compagnons du chemin au bout de quelques jours. Sans grande originalité, je suis devenu pour 4 mois, Froggy.

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