Récit traversée Caucase & Turquie

Le récit de la traversée à pied du Caucase et de la Turquie : l’Arménie de la frontière iranienne jusqu’à la Géorgie, une marche en 3 parties en Géorgie (le sud de la Géorgie, l’Est du Grand Caucase et l’Ouest de la Géorgie) et la traversée à pied de l’ensemble de la Turquie de la frontière géorgienne à Istanbul.

Initialement prévu en 2020, reporté en 2021, le vol est maintenant réservé pour Erevan le lundi 23 mai avec un départ à pied de l’extrémité sud du pays une petite semaine plus tard.


Sommaire

1 – Arménie
2 – Géorgie du Sud
3 – Est du Grand Caucase
4 – Géorgie de l’Ouest
5 – Turquie (Alpes Pontiques)
6 – Turquie (Anatolie)
7 – Turquie (Mer Noire)
Fin du récit


Ma position et toutes les photos :

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Introduction

«Et enfin revenir
À tes pieds, les souvenirs
De chemins inconnus
Que nul n’a parcouru.
»
Yéghiché Tcharents

Le monde va changer de siècle et Yéghiché Tcharents vient au monde aux confins de l’Anatolie. Ses parents sont originaires de Maku en Perse mais lui naît en 1897 à Kars. La ville fait alors partie de l’Empire Russe. Elle est maintenant en Turquie. Les Arméniens y vivaient depuis des siècles. Il n’y a plus d’Arméniens à Kars. Dans sa jeunesse, Yéghiché Tcharents combat les Turcs. Séduit par les idéaux de la révolution, il s’engage ensuite dans l’armée rouge et adhère au parti communiste. Quand le régime soviétique se durcit, il est accusé d’être antirévolutionnaire, trotskyste, nationaliste et terroriste. Sa poésie se focalise trop sur le sentiment national au détriment du réalisme socialiste. Comme beaucoup d’intellectuels, il est victime des purges staliniennes, Staline, le géorgien… Il meurt en prison en 1937.
La vie tragique de Yéghiché Tcharents, poète arménien se confond avec l’histoire tourmentée de cette partie du monde aux confins de l’Europe et de l’Asie, des empires perses, russes et ottomans. Arménie, Géorgie, Turquie, je vais découvrir des paysages superbes. Je vais aussi être confronté en permanence avec cette histoire, ce siècle de bouleversements et ces tensions qui perdurent. Haut-Karabakh, Abkhazie, Nakhitchevan, Ossétie du Sud, des enclaves, des exclaves, des confettis de territoire, des indépendances auto-proclamées, des conflits larvés, des armées qui se font face, des grandes puissances Turquie, Russie, Iran, Occident qui poussent leurs pions… La situation est à nouveau un peu plus calme mais tout peut s’enflammer rapidement. J’espère que cela ne sera pas le cas car cette longue marche me fait rêver. Pourtant, après l’Italie, j’ai eu un peu de mal à me remettre dans ce projet. En 2020, j’avais tout préparé. Mon vol pour Erevan en Arménie était réservé. Mais 2020, c’était il y a longtemps. Depuis, Covid, guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan… et cela n’a pas pu se réaliser. Un peu comme un bon plat que l’on oublie au fond du réfrigérateur, cette longue marche avait perdu de sa saveur et pendant ce temps, je goutais à d’autres mets appétissants, en France, en Italie. Et puis une grue est arrivée.
« Կռունկ (Krunk), ուստի՞ կուգաս, ծառա եմ ձայնիդ,
Կռունկ, մեր աշխարհեն խապրիկ մի չունի՞ս »
« Grue, arrête-toi, ta voix est si douce à mon cœur !
Grue, n’as-tu pas des nouvelles de mon pays ?
 »

Le son poignant, émouvant, envoûtant du duduk, la nostalgie de l’émigré arménien demandant des nouvelles de son pays… J’ai repris la trace de mon itinéraire et comme cette grue, j’ai survolé les hauts plateaux d’Arménie, les sommets escarpés du Caucase, les vieux monastères et je me suis remis à rêver.
De la frontière iranienne à Istanbul, mon parcours de 3250 kilomètres s’annonce prometteur. Je vais traverser des hautes montagnes, des régions sauvages et je vais découvrir des pays avec une histoire et une culture très riche à commencer par l’Arménie. Je débuterai des bords de l’Araxe à l’extrémité sud du pays. Pour remonter tout le pays, je serai souvent en altitude avec d’entrée le mont Khustup (3214m) puis les zones montagneuses du Zanguezour et Vardenis avant une traversée en autonomie de la chaîne de Gegham avec ses lacs et ses anciens volcans (dont l’Ajdarak à 3597m d’altitude). Ces 600 kilomètres en Arménie devraient me donner un bon aperçu des beautés naturelles du pays, montagnes mais aussi le lac Sevan, la mer des Arméniens ou le parc de Dilijan, la Suisse de l’Arménie. Cet itinéraire me fera passer également par certains des sites historiques les plus réputés du pays : Tatev, Noravank, Sevanavank, Haghpat et Sanahin. Après le canyon de Debed, je rejoindrai la frontière par une région de hauts plateaux autour de 1500 mètres d’altitude.
La Géorgie du Sud sera dans la continuité de la fin de ma marche en Arménie avec toujours des hauts plateaux, une population en partie d’origine arménienne et quelques sites comme l’ensemble troglodytique de Vardzia ou le monastère de Sapara.
À Akhaltsikhé, près de la frontière turque, mon tracé est un peu plus compliqué. J’ai pris l’habitude de marcher en évitant dans la mesure du possible les moyens de transport. J’aime tracer une ligne continue sur une carte, la plus parfaite, la plus naturelle. Cela fait partie du plaisir de ces longues marches. L’environnement change lentement au rythme de mes pas et sans transfert abrupt et motorisé d’un point à un autre. Je dérogerai à cette règle car étant en Géorgie, il aurait été dommage de ne pas découvrir le Grand Caucase, les montagnes les plus hautes d’Europe. Pour cela, j’irai en bus à Tbilissi, la capitale puis vers l’Est du pays. Cette région, au sud de la frontière russe, est réputée pour ses paysages, son histoire et ses traditions avec les villages et montagnes de Touchétie, Khevsourétie aux confins du Daghestan et de la Tchétchénie. Je pense que j’aurais regretté de ne pas découvrir cette partie de la Géorgie.
Au pied du mont Kazbek (5047m), il me faudra à nouveau reprendre les transports en commun pour contourner l’Ossétie du Sud qui a fait sécession et rejoindre l’Ouest du Grand Caucase. La Svanétie est la région la plus fréquentée par les randonneurs avec à nouveau des paysages grandioses (notamment le mont Ushba, le Cervin du Caucase) et des villages typiques (comme Ushguli). Je poursuivrai ensuite ma marche par une zone en moyenne, basse altitude avec quelques sites intéressants comme Nikortsminda ou le piton de Katskhi avant de reprendre de la hauteur avec le Petit Caucase dans le Parc National de Borjomi pour finalement rejoindre Akhaltsikhé.
Après cette « petite » mise en bouche de 600 kilomètres en Arménie et 900 en Géorgie, m’attend la partie turque, la plus ardue de cette longue marche… Les premiers 1500 kilomètres ont été relativement faciles à préparer. L’Arménie et la Géorgie développent le tourisme vert. Ils ont de fantastiques atouts pour cela. Des chemins de randonnée existent et certains commencent à être populaires. Il est assez facile de trouver de l’information. En Turquie, cela n’est pas le cas. Le pays a beau être plus proche de l’Europe, construire ma trace sur près de 2000 kilomètres, c’est aller vers l’inconnu. Et avec cet inconnu, il y a beaucoup de craintes. Les recherches sur la traversée de la Turquie à pied conduisent aux observations suivantes : de vastes steppes semi-désertiques, des longues lignes droites à perte de vue sur le plateau anatolien, les féroces chiens kangal. Les rares personnes qui, à ma connaissance, ont traversé la Turquie à pied, sont passés par le centre, plus au sud de l’itinéraire que j’envisage ou sur le littoral de la mer Noire. Ils ont en plus marché essentiellement le long des routes. Mon objectif est différent, je veux réduire au maximum les portions sur bitume. Pour cela, je n’ai trouvé que quelques traces dans certains massifs. Dans beaucoup de ces montagnes, aucun chemin n’apparaît sur les cartes que j’ai l’habitude de consulter. J’ai dû bâtir mon itinéraire presque à partir d’une feuille blanche. Jamais, je n’ai construit un tracé aussi long à partir de vues satellites. Outre les chiens, je crains le climat très humide dans cette partie en altitude, arrosée et brumeuse du fait de sa proximité avec la Mer Noire mais comme dit un proverbe turc « Qui veut la rose, aura aussi les épines ». Les roses ont été belles ces dix dernières années et la rose turque peut l’être tout autant. Après des heures et des heures de travail, je ne suis pas mécontent du résultat et je suis optimiste. J’ai déjà goûté à l’hospitalité des turcs et mon chemin devrait me réserver de belles découvertes avec d’abord les Alpes Pontiques. C’est le gros morceau. Près de 800 kilomètres et 40000 mètres de dénivelés positifs, je serai souvent au dessus de 2000 mètres d’altitude avec plusieurs passages au-delà des 3000 et uniquement deux localités significatives : Artvin et Gümüşhane. Je vais traverser des paysages très alpins au relief escarpé mais aussi passer par de nombreux alpages peuplés en été par les bergers.
Au centre du pays, je vais poursuivre plus bas en altitude (rarement au-delà de 1500 mètres) avec quelques localités touristiques (Amasya, Kastamonu, Yörük Köyü, Safranbolu). Il y aura un peu plus de villages mais là aussi des sections longues sans hébergement ou points de ravitaillement. J’y serai en septembre et j’espère que les températures seront plus supportables et que je n’aurai pas trop de difficultés pour trouver de l’eau. Je terminerai par une semaine de vacances avec 240 kilomètres à pied le long de la Mer Noire avec de nombreuses localités pour me remplumer et récupérer.
Au bout de 4 mois de marche et 3250 kilomètres, je devrais atteindre Anadolu Kavağı, le terminus septentrional des bateaux qui font la navette sur le Bosphore. Il ne me restera plus qu’à me laisser glisser sur les eaux pour connaître la magnifique arrivée en bateau sur Istanbul.
«Et enfin revenir
À mes pieds, les souvenirs
De chemins inconnus
Que nul n’a parcouru.
»

1 – Arménie

x mai : Agarak – Arrivée

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2 – Géorgie du Sud

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3 – Est du Grand Caucase

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4 – Géorgie de l’Ouest

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5 – Turquie (Alpes Pontiques)

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6 – Turquie (Anatolie)

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7 – Turquie (Mer Noire)

Conseils pratiques, étapes, traces GPS, récit.

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