Atlantique – Méditerranée – Tyrrhénienne – Ionienne – Adriatique – Mer Noire. Présentation et récit au jour le jour de la marche des « Six Mers » depuis l’Atlantique jusqu’à la mer Noire.
2560 km, 94 000 mètres de dénivelés positifs de Gaztelugatxe au Pays Basque au cap Éminé en Bulgarie avec la traversée de la partie nord de la Cordillère Ibérique, la Sardaigne d’Ouest en Est, l’Italie du Sud de la Côte Amalfitaine au Cap Santa Maria di Leuca (pointe du talon de la botte), les Balkans du port albanais de Durrës à la côte de la mer Noire en Bulgarie.
Le parcours des Six Mers
Pour le détail de chaque partie, la trace GPS, les dénivelés, les informations utiles (hébergement, eau, ravitaillement…) voir les pages :
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- De l’Atlantique à la Méditerranée : Cordillère Ibérique Nord
- De la Méditerranée à la mer Tyrrhénienne : La Sardaigne
- De la mer Tyrrhénienne à la mer Ionienne : L’Italie du Sud – Les Pouilles
- De l’Adriatique à la mer Noire (1re partie) : Albanie
- De l’Adriatique à la mer Noire (2e partie réalisée en 2025) : Macédoine
- De l’Adriatique à la mer Noire (3e partie) : Bulgarie, le Kom Emine
Toutes les photos et où je suis
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Le matériel
Depuis 2017 et l’Appalachian Trail, je pars toujours avec le même équipement. Pour les raisons de mes principaux choix, voir la page d’introduction de l’Italie. Pour les personnes intéressées par une recherche d’un matériel véritablement ultra-léger, voir le très bon site Randonner-leger où je puise pas mal d’idées.
Le récit
Sommaire
1 – De l’Atlantique à la Méditerranée : Cordillère Ibérique Nord
2 – De la Méditerranée à la mer Tyrrhénienne : La Sardaigne
3 – De la mer Tyrrhénienne à la mer Ionienne : L’Italie du Sud – Les Pouilles
4 – De l’Adriatique à la mer Noire : Albanie
5 – De l’Adriatique à la mer Noire : Bulgarie, le Kom Emine
6 – De l’Atlantique à la Méditerranée : retour pour une éclipse
Introduction
« Carpe diem, quam minimum credula postero », ces célèbres mots d’Horace sont on ne peut plus appropriés à ma marche 2026. « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain » ou pour les reprendre plus littéralement « sans être crédule sur l’avenir ». Le temps passe. Pendant combien d’années pourrai-je encore partir pour de longues marches? Les problèmes physiques de 2025 m’ont ramené à la réalité : le corps vieillit et je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir alors il me faut profiter de l’instant présent. Carpe diem.
Ces mots d’Horace sont d’autant plus appropriés que mon parcours 2026 passe entre autres par Venosa, la patrie du poète.
La traversée de la Stara Planina (ou chaîne du Balkan) en Bulgarie, dernier massif important en Europe du Sud que je n’ai pas traversé. Le talon de la botte italienne, itinéraire que j’avais préparé en 2022, incertain de pouvoir mener à bout mon projet dans le Caucase et en Turquie. L’éclipse totale du soleil le 12 août dans le nord de l’Espagne. Quinze kilomètres en Albanie manquant sur le parcours complet à pied d’Istanbul à Lisbonne. Le Moncayo à 2314 m d’altitude et le Musala à 2925 m respectivement, les points culminants de la Cordillère Ibérique et de la péninsule des Balkans. Cheminer en continu et dans la même année de la Mer Noire à l’Atlantique.
Quand en septembre, la longue marche de l’année est derrière moi et quand vient le temps de penser à la suivante, une idée commence à germer. Je construis un itinéraire sur un massif ou un espace géographique défini. Mais pour poursuivre mes explorations de l’Europe du Sud, où aller en 2026 ? Je n’avais qu’une liste à la Prévert de possibilités. Les réunir pour en faire un ensemble cohérent ? Une chimère ? Non les « Six Mers ».
La traversée pédestre de l’Europe d’Est en Ouest d’un seul trait et en passant par les différents massifs montagneux n’est pas courante. Le faire sur une même année du printemps à l’automne est rare. En 1992-1993, mais aussi en hiver, l’anglais Nicholas Crane l’a fait du Cap Finisterre en Espagne jusqu’à Istanbul (Clear Waters Rising: A Mountain Walk Across Europe). En 2018, deux français, Nil et Marie ont traversé l’Europe de l’extrémité sud du Portugal jusqu’à Istanbul sur deux années. En 2019, Bruno Leroyer marche de la mer Noire en Roumanie au cabo da Roca, le point le plus occidental du continent européen, à proximité de Lisbonne. La même année, le Canadien Dylan Ivens crée et parcourt un itinéraire du cap Éminé en Bulgarie au cap Finisterre (Trans-European Alpine Route: Hike Across A Continent). Un couple slovaque, Matúš Lašan et Anna Liszewska, a suivi son parcours en 2022. C’est à ma connaissance la seule femme à l’avoir fait. La même année, Antoine Debontride traverse l’Europe de Crète à l’Atlantique (en partie en suivant mes traces dans les Balkans ou les Alpes). Samuel Knosp (L’aventure à 2 pas), Goulven Le Goff (Fou d’Europe) ont également marché d’un bout à l’autre du continent sur plus d’une année. Ce « Fou d’Europe » prévoit en 2026 de traverser le continent d’Ouest en Est, du Portugal au Cap Éminé, et cette fois du printemps à l’automne. D’autres étrangers ou anonymes l’ont sûrement fait. La traversée de l’Europe à pied est plus une affaire de passionnés endurants que d’habitués des réseaux sociaux.
L’itinéraire d’Istanbul à Lisbonne, je l’ai parcouru quasi entièrement par deux itinéraires : une fois dans sa version par les Carpates, proche de celle de Nicholas Crane et une autre fois par les Alpes Dinariques comme le TEAR. Je l’ai bien en tête mais je crains de ne plus l’avoir dans les jambes. Marcher 6600 kilomètres du printemps à l’automne est exigeant. Il faut être capable de tenir un rythme très soutenu : 220 jours, 7 mois de marche avec quotidiennement 30 kilomètres et sans jours de repos… Sur cet itinéraire montagneux, il faut aussi intégrer les aléas climatiques. Sur une période aussi longue, le mauvais temps, l’enneigement sont susceptibles de ralentir le rythme voire de contraindre à renoncer.
Je projette quand même cette année de traverser l’Europe d’Ouest en Est de l’Atlantique à la mer Noire, mais j’ai rusé. Je vais réunir les chaînons manquants de mes marches dans le sud du continent à pied mais aussi en bateau.
La première partie, de l’Atlantique à la Méditerranée relie Gaztelugatxe au Pays Basque à Peñíscola dans la région de Valence en passant par une partie de la Cordillère Ibérique que je ne connais pas et son point culminant, le Moncayo à 2314 mètres d’altitude. J’ai prévu de débuter au début du printemps au Pays Basque. C’est suffisamment proche de Toulouse pour pouvoir choisir une fenêtre météo favorable. Je garderai la partie en altitude pour l’été au moment de l’éclipse totale du soleil. Ma marche printanière se poursuivra plus à l’est de l’Aragon à Peñíscola sur la côte méditerranéenne.
Une première traversée en bateau m’amènera ensuite de Barcelone à la ville sarde mais de culture catalane d’Alghero. Là, je marcherai, toujours d’Ouest en Est jusqu’à l’archipel de la Magdalena.
Après une nouvelle traversée en bateau, je débuterai sur la côte amalfitaine pour aller à pied de la mer Tyrrhénienne à la mer Ionienne, à la pointe du talon de la botte italienne. Hormis au début en Campanie où le relief est plus montagneux, je serai ensuite dans les Pouilles sur des plateaux et plaines. A priori, pas de difficultés majeures si ce ne sont celles de l’Italie du Sud : des sentiers qui n’existent plus, des clôtures et peut-être des parties longues et monotones sur du bitume.
Le dernier trajet en bateau de mon projet des 6 Mers m’amènera de l’autre côté de l’Adriatique, à Durrës en Albanie. C’est depuis l’antiquité, l’une des portes des Balkans. L’objectif est de terminer le «boulot» avec la liaison de 15 kilomètres. Des feux de forêt ne m’ont pas permis de le faire en 2025. Mais, en Albanie, je vais marcher un peu plus avec une traversée presque complète du pays d’Ouest en Est.
Je ne referai pas la partie en Macédoine du Nord parcourue en 2025. J’ai prévu de traverser le pays en bus et de reprendre à pied dans le massif du Rila en Bulgarie. L’itinéraire passe par le pic Musala, à 2925 mètres d’altitude, point culminant de la péninsule des Balkans pour rejoindre le massif de la Stara Planina (le Balkan). La fin est assez simple et linéaire : suivre la ligne de crête jusqu’à la mer Noire par le sentier assez populaire du Kom Emine.
Au cap Éminé, probablement début juillet, je n’en aurai pas tout à fait terminé. Je rentrerai en France puis au mois d’août, je terminerai au moment de l’éclipse du soleil dans la partie la plus haute de la Cordillère Ibérique.
Si j’arrive au bout de ce projet des Six Mers, j’aurai, depuis 2012, traversé tous les principaux massifs du sud de l’Europe, j’aurai marché en continu d’Istanbul à Lisbonne, je serai passé par un certain nombre de sommets comme l’Olympe, les points culminants de la péninsule ibérique, des Balkans, des Pyrénées…, j’aurai traversé les principales îles de la Méditerranée, j’aurai marché dans tous les pays du sud du continent, je me serai enrichi de toutes ces rencontres au fil du chemin, j’aurai énormément appris sur l’histoire, la culture des pays et régions traversés.
De l’Atlantique à la Mer Noire, cette longue marche me permettra aussi de faire de nombreux liens avec mes précédentes longues marches, celles de 2012, 2014, 2016, 2018, 2019, 2021, 2023 et 2025 et notamment dans trois péninsules qui ont constitué mon terrain de jeu privilégié de ces 15 dernières années : la péninsule ibérique, l’Italie et les Balkans. C’est finalement une synthèse de toutes ces marches. En sera-t-elle la conclusion ? Je ne sais pas, je repars en 2026 et « Carpe diem, quam minimum credula postero ».
1 – De l’Atlantique à la Méditerranée : Cordillère Ibérique Nord
24 mars : Cap Matxitxako / Gaztelugatxe – Fruiz
L’Atlantique. Premier épisode de ma marche des Six Mers. Quand j’ai préparé ce projet, Gaztelugatxe m’a paru un bel endroit pour démarrer. Cette presqu’île avec sa chapelle au sommet est un endroit iconique de la côte basque. J’y étais passé lors de ma traversée de l’Espagne en 2014. J’avais aimé ce lieu sauvage avec ses falaises plongeant dans l’océan et battues par les vagues. Ce que j’ignorais, c’est que le site est maintenant très populaire. Il a servi de cadre lors du tournage de la 7ème saison de Game of Thrones. Le « Dragonstone » de la série est devenu un passage obligé des nombreux connaisseurs de Daenerys Targaryen, Jon Snow ou Cersei Lannister. Tout cela est un peu du chinois pour moi. Pour gérer l’afflux de visiteurs, un système de réservation a été même mis en place pendant la saison touristique. Ce n’est pas le cas en ce moment. C’est un peu plus calme. Heureusement, car j’ai du mal à imaginer la foule dans l’étroit escalier qui monte au sanctuaire. Le site doit perdre de son charme.

Saint-Jean de Gaztelugatxe ne doit pas sa renommée qu’à Game of Thrones. Outre la beauté du site, c’est un lieu de pèlerinage important. Je découvre un improbable lien avec une autre de mes longues marches : le Jordan Trail. J’étais passé alors à proximité de Macheronte. C’est là bas que Salomé par son envoûtante danse avait obtenu la tête de Jean-Baptiste. Le roi Hérode lui avait alors présenté sur un plateau. Le crâne se retrouve ensuite à Saint-Jean d’Angély puis un bout à San Juan de la Peña et enfin des reliques ici à Gaztelugatxe. Je le concède, ce lien entre les Six Mers et le Jordan Trail est un peu tiré par les cheveux…
San Juan de Gaztelugatxe était donc un bon point de départ pour une longue marche mais j’ai débuté quatre kilomètres avant au cap de Matxitxako. Gaztelugatxe, Matxitxako, au moins, pas de doute, je suis au Pays Basque.
Après ces quelques kilomètres au-dessus de l’Atlantique, je quitte la côte. Ma marche des Six Mers n’est pas très maritime. Je prends de la hauteur en suivant un chemin balisé, le GR123, le tour de la Biscaye. Difficile de penser que mes pas (et des bateaux) doivent m’amener d’ici à la mer Noire en Bulgarie. Le sentier grimpe bien jusqu’à 704 mètres d’altitude. Je m’éloigne de l’océan. J’ai encore quelques belles vues avant de redescendre sur l’autre versant. Je termine une belle journée ensoleillée à Fruiz. Contrairement à l’année dernière, je ne ressens pas de douleurs physiques mais vingt six kilomètres et mille cent mètres de dénivelés, c’est bien suffisant pour une première étape.
25 mars : Fruiz – Arrankuko Etxola (Refugio Biderdi)
Entre les élections municipales que je ne voulais pas louper et la période de Pâques que je voulais éviter en Espagne, je n’ai finalement pas eu une grande latitude pour caser les huit premiers jours de cette marche. Les prévisions météorologiques ne sont pas extraordinaires mais le plus important pour moi était d’avoir une première belle journée pour démarrer au bord de l’océan. Aujourd’hui, le programme est moins attrayant avec le passage par Bilbao.
Il fait frais. Les timides rayons de soleil matinaux laissent rapidement place à un temps couvert avec alternance de bruine et de petites averses. Je sors le parapluie. Je suis étonnamment bien. Pourtant les conditions ne sont pas optimales. Le temps est maussade, l’environnement est moins attrayant qu’hier. Je suis au début d’une marche et en général il faut un peu de temps pour trouver le rythme. Cette séquence est en plus courte avec huit jours de marche jusqu’à Briviesca. Ce n’est pas forcément facile à gérer dans la tête. Malgré tout cela, je marche avec plaisir.
Sur le GR280 puis le Camino Norte, j’arrive juste au-dessus du centre de Bilbao en restant dans un environnement assez naturel. La sortie est aussi rapide, d’abord le long de la rivière Nervión puis par des chemins qui grimpent dans les collines derrière la ville. La partie urbaine pour traverser cette agglomération d’un million d’habitants est courte.
À moins de dix kilomètres du centre-ville, je suis déjà en pleine nature. Sur des pistes forestières, avec le vent, la bruine ou la pluie, une température autour de 8°C, j’ai même l’impression d’être dans la montagne.

Le refuge Biderdi est le bienvenu pour passer la nuit. Il est magnifique, isolé à 650 mètres d’altitude. J’allume tout de suite le poêle pour me réchauffer et sécher mes affaires. Je pensais y être seul mais finalement Juan arrive un peu après moi. Il a prévu de faire quelques petits travaux ici demain matin. Il n’est pas très loquace et parle en plus en mangeant les mots. Par contre, il va chercher la réserve de bois et je vais au moins bénéficier de la chaleur du poêle.
26 mars : Arrankuko Etxola (Refugio Biderdi) – Amurrio
Un vent tempétueux a soufflé cette nuit avec de fréquentes averses. Heureusement, j’étais à l’abri dans le joli refuge de Biderdi. J’ai passé une nuit tranquille. Juan n’avait d’espagnol que son prénom. À vingt heures, il avait terminé son dîner. À vingt et une heure, il dormait. Cela dit, je préfère cela à un groupe d’Espagnols qui commence à préparer son repas à 22 heures et poursuit avec des discussions enflammées jusqu’à deux heures du matin.

Au lever, le ciel est bouché. Il pleut. Mais quand je démarre mon étape, j’ai droit à quelques rayons de soleil. Avec la brume, l’humidité ambiante, la lumière est belle. Je navigue autour de 700 mètres d’altitude. Les températures sont hivernales. La limite pluie-neige est prévue autour de 1000 mètres. J’y aurai peut-être droit les jours prochains.
Depuis mon départ, je marche en général sur de bons chemins avec des pistes forestières et de beaux sentiers. C’est encore le cas aujourd’hui avec le GR123 jusqu’à Laudio. Pour rejoindre Amurrio, j’ai un itinéraire maison mais tout aussi agréable. La journée est moins humide qu’hier avec juste quelques averses.
J’arrive assez tôt à Amurrio. Cela me laisse le temps d’étudier les prochaines étapes. Demain, cela devrait aller mais ensuite samedi, il devrait pleuvoir toute la journée et dimanche, la limite pluie-neige va baisser. Je sécurise donc ces deux soirées pour être au sec et au chaud. Il me restera à trouver un endroit correct pour demain soir.
27 mars : Amurrio – Valpuesta
D’Amurrio, je dois monter à plus de 900 mètres d’altitude pour poursuivre en Castille et León. Le plateau castillan domine par d’abruptes falaises la vallée basque. J’ai de la chance, le ciel s’éclaircit au moment où j’attaque la partie la plus raide et spectaculaire de l’ascencion. Je suis entouré de parois verticales et de pitons rocheux.
En haut, je rejoins l’itinéraire de ma Vuelta-Volta, le tour de la péninsule ibérique à pied. J’étais passé ici en 2023. C’était au cœur de l’été. Le Nervión était à sec et je n’avais donc pas pu voir la spectaculaire cascade, une chute d’eau de 220 mètres. C’est la plus haute d’Espagne et la seconde en Europe. Cette fois-ci, elle coule bien. Je l’entends. Je la devine mais je ne la vois pas. Il faudra que j’imagine un troisième passage par ici…
Alors qu’au Pays Basque, j’avais l’impression d’être en montagne à 600 mètres d’altitude. Ici, en Castille, j’ai l’impression d’être en plaine à 900 mètres. Les paysages sont beaucoup plus ouverts avec de vastes horizons. L’atmosphère est moins humide. Il y a même quelques rayons de soleil. Alors que côté basque, j’ai souvent marché dans la brume et avec du crachin
Après une bonne pause à Berberana, le premier village castillan, je poursuis. Je veux profiter de ma dernière belle journée (c’est à dire sans trop de pluie) pour m’avancer. Demain et dimanche ne devraient pas être terribles. Je marche jusqu’à Valpuesta. Cela fait une bonne étape de 39 kilomètres et 1600 mètres de dénivelés positifs. Je suis étonné d’être aussi en forme au début d’une longue marche alors que j’ai moins fait d’exercices physiques ces derniers mois.
Valpuesta est un joli village avec une belle et grande collégiale, des maisons blasonnées, d’autres à colombages.

Il n’y a pas d’hébergement ; en questionnant , une habitante, Yolanda me propose de dormir chez elle. Ils vivent au rez-de-chaussée et elle m’installe au premier étage de la maison. J’ai une chambre, une cuisine, une salle de bain. Demain matin, il devrait faire 3°C avec de la pluie. J’ai une chambre avec vue sur la collégiale, c’est parfait.
28 mars : Valpuesta – Quintana Martín Galíndez
Je poursuis vers le sud mais j’ai encore un dernier passage dans le Pays Basque. La limite entre cette région et la Castille est un peu tortueuse. Depuis hier, je passe plusieurs fois de l’une à l’autre. Le village abandonné de Ribera que je traverse au milieu de l’étape est au bout du bout de la province basque d’Alava. En 1940, soixante habitants vivaient ici. Le village ne s’est complètement vidé qu’à la fin des années 60. C’est assez récent. Quand je suis né, des gens habitaient ici. Les maisons étaient debout. Des maisons, il ne reste que des pans de murs envahis par les ronces. C’est impressionnant comment en guère plus d’un demi-siècle, la nature a repris ses droits. L’église du XIIIè qui menaçait aussi de tomber en ruines a été restaurée. La charpente est neuve. Je peux rentrer à l’intérieur pour voir de belles fresques.
Après le prospère et industriel Pays Basque, je rentre dans l’Espagne vide. Comme lors de mon TransIberian Trail, je vais traverser cette zone dépeuplée de Castille et d’Aragon.

Ce matin, à San Zadornil, j’ai pu visiter le petit musée ethnologique. Il n’y a pas de gardien. Pour rentrer, c’est simple et cela se fait en ligne. J’ai réservé sur un site internet et j’ai reçu un code pour ouvrir la porte. Des photos montraient le village dans les années cinquante. Sur certaines, on voit la salle de cinéma pleine. Sur d’autres photos, les habitants endimanchés se promènent dans les rues du village. San Zadornil n’est pas abandonné mais je n’ai pas vu une seule personne quand je l’ai traversé.
Quintana Martín Galíndez où je dors ce soir fait relativement prospère à côté. Peut-être est-ce dû à la centrale nucléaire de Garoña à proximité. Elle a été arrêté en 2012 mais beaucoup de personnes sont employées à son démantèlement. L’Espagne a décidé de sortir progressivement du nucléaire. Cinq centrales sont encore en fonctionnement. Elles produisent 20% de l’électricité du pays.
29 mars : Quintana Martín Galíndez – La Aldea
Hier et aujourd’hui étaient les deux journées avec les plus mauvaises prévisions météorologiques. J’avais donc prévu deux étapes assez courtes et avec un hébergement pour la nuit. Finalement, le temps est assez clément. Il fait froid mais il n’y a que de brèves averses. Le vent souffle et balaie les nuages laissant quelques brèves apparitions du soleil. C’est souvent furtif. Je n’ai pas le temps de prendre une photo mais cela donne de très belles lumières avec le ciel noir, l’éclairage sur un point du paysage. J’aime marcher à cette période de l’année. Les couleurs sont belles. La campagne est verdoyante. Les arbres sont en fleurs.
Ce matin, l’église de Frias, perchée sur un rocher apparaît au loin, illuminée par un rayon de soleil. Un arc en ciel et les nuages complètent le tableau. Arrivé au bord de l’Èbre, j’ai droit aussi à une très belle lumière. Plus loin, c’est toute la cité médiévale de Frías qui resplendit sous le soleil avec son église au bout d’un promontoire, la tour du château en équilibre sur un rocher et ses maisons suspendues à flanc de falaise.

Je passe un long moment à visiter cette ville. Deux habitants ne manquent pas de me souligner qu’elle a ce titre. C’est, me disent-ils, la plus petite ville d’Espagne, d’Europe même selon un d’eux. Il n’y a que deux cents habitants. Frías a le statut de « cité » depuis 1435. Un comte a bien tenté d’oter ce titre et les droits afférents mais la population s’est révoltée. C’était il y a six siècles mais visiblement, les habitants sont toujours fiers de cette passe d’armes.
Autre fait notable de Frías, le portail roman de l’église Saint Vincent se trouve au musée des cloîtres de New York. En 1904, la tour clocher de l’église s’est effondrée et pour financer sa reconstruction, le portail a été vendu. Il est maintenant exposé à proximité du cloître dit de Bonnefont en Comminges ou d’un chapiteau de la collégiale de Saint-Gaudens.
L’étape est belle avec ensuite le passage par Tobera avec ses cascades et son église sous une voute rocheuse. Je termine dans le petit hameau de la Aldea. Une association culturelle fait résidence d’artistes et auberge. Un bel endroit pour ma dernière nuit de cette première séquence de ma marche des Six Mers.
30 mars : La Aldea – Briviesca
Cette dernière étape jusqu’à Briviesca n’est pas à l’image de ma marche depuis Gaztelugatxe. Je termine par une partie plate, monotone et avec du bitume. Je suis sur un chemin officiel : le camino basque de l’intérieur ou voie de Bayonne. Les chemins de Compostelle sont très populaires en Espagne. Pourtant, à maintes reprises lors de mes marches, c’est là que j’ai trouvé le moins d’intérêt avec plus de bitume et un environnement moins naturel, plus urbanisé. J’ai du mal comprendre pourquoi il n’y a pas plus de randonneurs sur les beaux sentiers souvent bien balisés dans les monts Cantabriques, les sierras du centre de la péninsule ou dans l’arrière pays méditerranéen.

Le parcours de cette semaine en est un bon exemple. J’ai marché sur de bons chemins, très souvent balisés. Les paysages étaient variés avec la côte atlantique, la montagne basque, le relief calcaire ensuite avec des gorges et des cascades. J’ai aussi traversé des beaux villages. Les conditions météorologiques n’étaient pas optimales mais je n’ai pas eu trop de pluie. Au moins, je n’ai pas souffert de la chaleur…Le seul regret, c’est d’avoir eu de la brume lors de mon passage au saut du Nervión.
Je commence à être un habitué des marches en Espagne. J’ai été surpris par les contacts que j’ai eus. J’ai pu discuter, échanger à plusieurs reprises. J’ai même été invité un soir. C’est suffisamment rare pour être souligné.
Cette semaine est une belle réussite. Cerise sur le gâteau, j’ai été rassuré par ma condition physique. Je ne suis pas dans la situation de l’année dernière.
Je reprends normalement le vendredi 24 avril depuis Aranda de Moncayo. Je marcherai ensuite sans interruption jusqu’à la mer Noire.
2 – De la Méditerranée à la mer Tyrrhénienne : La Sardaigne
3 – De la mer Tyrrhénienne à la mer Ionienne : L’Italie du Sud – Les Pouilles
4 – De l’Adriatique à la Mer Noire : Albanie
5 – De l’Adriatique à la Mer Noire : Bulgarie, le Kom Emine
6 – De l’Atlantique à la Méditerranée : retour pour une éclipse