Récit Népal

L’itinéraire, des conseils pratiques, étapes, dénivelés, traces GPS et le récit de 40 jours de marche sur le tour du Manaslu en partant de Baluwa, la vallée de la Tsum, le tour le balcon et le camp de base des Annapurnas, le trek du Mardi Himal.


Sommaire

1 – De Katmandou à la Tsum Valley en passant par Barpak

2 – Tour du Manaslu

3 – Tour des Annapurnas

4 – Sanctuaire des Annapurnas

5 – Trek du Mardi Himal

Diaporama

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Introduction

Le 20 mars 2013, me voilà à Katmandou. C’est parti pour de nouvelles aventures. Le principe est le même que l’année dernière : il faut marcher. Il y a malgré tout quelques différences avec les 3400km d’Aix la Chapelle à Porto. Moins de kilomètres en longueur mais quelques altitudes au Larkye La (pour le tour du Manaslu) et Thorong La (sur le tour des Annapurnas) au dessus de 5000 mètres. De la haut, le Mont Mézenc, le col des Moines ou O Cebreiro paraîtront bien bas. Et puis, il y a le Népal et sa culture un peu plus éloignée de la notre que la Belgique et ses bières ou l’Espagne et ses tapas.

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De Katmandou à la Tsum Valley en passant par Barpak

Katmandou
Plus de 24 heures dans les avions et les aéroports. À l’arrivée, Katmandou, la circulation anarchique, le bruit, la poussière, les rues défoncées…heureusement l’hôtel Metropolitan Kantipur est au fond d’une impasse avec un petit jardin. Un peu de calme pour récupérer !
Les deux journées à Katmandou permettent d’obtenir les permis et de prendre contact avec l’agence, le guide et mes compagnons de trek. L’équipe sera donc composée de Tenzing, un jeune guide de 21 ans originaire de Chokang Paro dans la Tsum Valley, Michel, hollandais en mission humanitaire d’enseignement à Katmandou et Andreas, juriste allemand travaillant sur place. Voilà l’équipe au complet pour 21 jours de marche.

Katmandou – Baluwa – Barpak
Nous démarrons vers 6 heures de Katmandou avec la jeep d’Andreas. Cette solution s’avère très appréciable notamment dans la dernière partie, sur la piste défoncée avant d’arriver à Baluwa.
Après un repas au lodge de Baluwa, nous nous retrouvons rapidement face à une raide montée directe pour Barpak. Le sentier coupe les virages, les escaliers permettent de déniveler rapidement.
Barpak est un gros village suspendu sur un flanc à 1000 mètres au dessus de la vallée. Il reste à l’écart des principales voies de trek. La vie traditionnelle népalaise se déroule lentement. Le village est encore préservé. Nous découvrons notre premier lodge népalais : des petites cellules séparées par des cloisons en bois, une cahute faisant office de toilette à la turque et de salle de bain, notre dal bhat (riz – lentilles accompagné de quelques légumes et de pommes de terre) quasi quotidien …

Barpak – Laprak – Korlabeshi
Depuis mon arrivée au Népal, je n’ai pas encore vu les montagnes. Le temps est légèrement brumeux et les sommets sont cachés par ce voile. Aujourd’hui, le Népal se révèle dans toute sa splendeur. Nous grimpons avec le village de Barpak en contrebas, le Boudha Himal et ses 6672m ferme la vallée au sud et au fur et à mesure, les rhododendrons en fleur composent, ça et là, des tâches rouges flamboyantes.

Ganesh Himal avant de redescendre sur Korlabeshi
Ganesh Himal avant de redescendre sur Korlabeshi

Arrivé au col à 2800 mètres, le Ganesh Himal (7100m) apparaît. Les cimes enneigées, les drapeaux de prière qui flottent au vent, les rhododendrons, le Népal dans toute sa splendeur !
Une descente rapide de 600 mètres nous amène à Laprak. Comme à Barpak, la vie est restée très traditionnelle. Des femmes tissent au bord des chemins, d’autres escaladent les pentes chargées de bois, de marchandises ou de fourrages. Les gamins jouent dans la rue. Le touriste n’a pas encore pollué le village.
Nous poursuivons en hauteur pour rejoindre la vallée de la Budhi Gandaki que nous suivrons les prochains jours. Pour cela, nous cumulons pratiquement 1800m de dénivelés négatifs dans la journée avec notamment les 1000 derniers mètres en escalier : assez casse jambes en fin de journée. Une grande partie de la journée est à flanc de montagne. La montagne est sculptée par les cultures en terrasses. Le Ganesh Himal est toujours face à nous. À Korlabeshi, nous retrouvons quelques autres trekkers. C’est pas la grande foule que je risque de rencontrer du côté des Annapurnas : 2 québécois, 2 autres français et nous.

La remontée de la Budhi Gandaki
Nous suivons maintenant la Budhi Gandaki. Des convois de mules montent des marchandises vers les villages du Manaslu et de la Tsum. La vallée est encaissée et nous ne pouvons apercevoir les 7000 et 8000 qui la cernent des deux côtés. Le chemin muletier monte et descend à ras des parois.

Le long de la Budhi Gandaki
Le long de la Budhi Gandaki

Ce soir à Philim, nous sommes à flanc de montagne. Le lodge est agréable. 2 danois et un américain sont également là ce soir.

La vallée de la Tsum
Après Philim, nous bifurquons vers la vallée de la Tsum. Elle est peuplée majoritairement de bouddhistes d’origine tibétaine. Les visages et les tenues changent. Les chortens et les murs de prière se font plus présents. Les drapeaux de prière flottent au vent. Les troupeaux de dzos paissent. Le Tibet n’est vraiment pas loin.
Après une montée parmi les forêts de pins ,de rhododendrons en fleur, de bambous par un chemin pentu mais agréable, la vallée s’ouvre peu à peu. Les sommets de près de 7000m la bordent.
À Chokang Paro, nous restons chez la famille de Tenzing, notre guide. La pièce principale est simple. Un foyer au bois sert à la fois à la cuisine et pour chauffer la pièce. Du mobilier sur 2 côtés abrite des bassines en cuivre, la vaisselle, des livres de prière. Nous avons droit à un repas caractéristique de la vallée préparé par la mère de Tenzing : momos (sorte de raviolis), tchang (boisson faiblement alcoolisée à base d’orge).
Nous poursuivons notre remontée de la vallée jusqu’au monastère Mu Gompa à 3650m d’altitude. Le Tibet est à moins d’une journée de marche par des cols à 5000m d’altitude. L’après midi, le temps se couvre et la neige se met à tomber. Le lendemain matin, un paysage de carte postale s’offre à nous : la neige a recouvert la montagne, les sommets étincellent de blancheur. Nous tentons de nous rapprocher du Tibet mais le soleil dégèle les pentes et les cailloux tombent sur le chemin à flanc. Nous rebroussons chemin et nous optons pour la montée vers le monastère des femmes perchés à 3900m d’altitude. Les deux nonnes présentes nous accueillent et nous offre le thé. Elles vivent une dizaine toute l’année perdues au bout de cette vallée, isolées. L’hiver doit être rude !

Tsum Valley
Tsum Valley

La redescente de la vallée nous permet de nous arrêter pour la nuit dans un autre monastère pour femmes. Ranchen Gompa est un grand monastère et le confort est presque occidental : douches chaudes (qui ne marchent pas), électricité, toilettes normales….
Après le confort de Ranchen Gompa, nous remontons une vallée adjacente vers le monastère de Lungdang. Il s’agit aussi d’un monastère de nonnes perché à 3200m d’altitude face au Ganesh Himal. Il est possible de dormir sous le porche du monastère heureusement à l’abri du vent. Heureusement car nous sommes à la limite de la pluie/neige.
Le soir, nous assistons à la puja. Trompettes, tambours, clochettes, cor, litanies…on est transporté dans un autre monde.
La nuit a été fraîche mais le lendemain le spectacle est superbe : le Ganesh Himal face à nous, le Sringi Himal derrière, les forêts, rhododendrons en fleur flamboyants de rouge ou de rose, glaciers, drapeaux de prière. Nous tentons une montée vers le camp de base du Ganesh Himal mais le chemin se perd dans la neige et nous renonçons. Nous redescendons par un raide sentier jusqu’à Domje dans la vallée. Là, nous logeons dans l’école de moines et nonnes. Les enfants sont adorables. Ils prennent plaisir à nous réciter leurs leçons d’anglais. Le soir, avant de se coucher, ils chantent et c’est bercé par leurs chants que nous nous endormons.
La première partie du trek se termine et nous regagnons la jonction avec le tour du Manaslu avec une dernière nuit à Lokpa.

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Tour du Manaslu

Andreas redescend sur Katmandou. Depuis huit jours, ses chaussures ayant lâchées, il marche avec des tennis népalaises. Ses genoux le font souffrir, certainement conséquence de ce problème. Je continue avec Michel. La remontée de la Budhi Gandaki passe par une gorge étroite où la rivière fait son chemin tantôt rive gauche, tantôt rive droite. Puis le paysage s’ouvre comme une porte vers un univers nouveau.
Le temps comme chaque jour se couvre en fin de matinée. Nous avons réussi à éviter la pluie mais avant Ghap, un orage nous rattrape. Nous pressons le pas pour arriver à l’étape.
Régulièrement des lodges, de petits restaurants et de nouvelles constructions attestent de la popularité croissante du tour du Manaslu. Pourtant, nous ne sommes que 3 groupes pour notre première étape à Ghap : 4 français et deux américaines. Nous retrouvons un confort que nous avions oublié lors de notre tour dans la Tsum : chambres coquettes, baquet d’eau chaude et menu très varié…
Après Ghap, le chemin poursuit en balcon au dessus de la Budhi Gandaki. La forêt est belle, nous marchons parmi les convois de mules. Puis petit à petit, les sommets se dévoilent. À Sho, le Manaslu apparaît 5000m au dessus de nous. À Lho, il trône au dessus du village. Les drapeaux symboles du bouddhisme, les drapeaux de prière, les maisons de pierre, les chortens, les murs de prière composent le premier plan.
Nous sommes maintenant à plus de 3200m et les étapes se raccourcissent pour une bonne acclimatation. Nous rentrons dans le domaine de la haute montagne. Dès que le soleil se cache, les températures tombent et nous sortons l’équipement complet, gants, bonnets, première, deuxième et troisième couche…
La neige borde ça et là le chemin, les sommets étincellent de blancheur. À Shyala, nous nous abandonnons à la contemplation du massif du Manaslu et de l’Himal Chuli.
À 3500m, Samagaon est niché à l’abri d’un petit vallon, dans un environnement rude et austère. Les habitants survivent d’une maigre agriculture (pomme de terre, orge, lait de dzos…). En cette saison, les températures sont pratiquement à leur plus haut. Au petit matin, il gèle et à l’intérieur de la chambre, il fait 4°C, la température d’un réfrigérateur…Nous allons y passer deux nuits avant de monter plus haut.
Pour s’acclimater, nous montons à 4000m au monastère de Pungyen. La vue est extraordinaire : les 4000m verticaux de la face est du Manaslu et sur 360° des montagnes, des glaciers.

Manaslu près de Pungyen Gompa
Manaslu près de Pungyen Gompa

Toujours plus haut, toujours plus pauvre et austère, la nuit suivante, nous nous arrêtons à Samdo, le dernier village de la vallée à 3860m. Le Tibet est tout proche à 5 heures de marche mais la frontière est fermée. La dernière étape avant le col est un campement avec des bâtiments en dur pour les chambres. À 4460m, l’ambiance est haute montagne. Quelques groupes en tente, une dizaine de randonneurs pour passer le col le lendemain.
Après un petit déjeuner à 4h30, nous démarrons à la frontale pour le col du Larkya La. Il fait froid et je porte sur moi pratiquement l’ensemble de mes vêtements…Après une heure de marche, le soleil vient nous réchauffer. Des glaciers tombent des pentes à droite et à gauche. La montée est finalement assez progressive et nous sommes presque surpris d’arriver au col, à 5090m après 3 heures de marche. Les drapeaux de prière flottent au vent. Nous nous attardons pas. Il reste encore une longue descente. La première partie est périlleuse, le sentier est par endroit glacé, les trekkers en amont font tomber des pierres…Des porteurs glissent. Après près de 1500m de descente, nous nous arrêtons à Bimthang. Un lodge avec de petits chalets colorés, la douche chaude, la chambre avec toilettes, le poêle dans la salle à manger nous accueille : un confort inhabituel sur le tour du Manaslu, sûrement plus fréquent sur le tour des Annapurnas.
Cette dernière journée sur le tour du Manaslu est très agréable : forêts de pins, rhododendrons rouges, roses, blancs, vues sur les sommets…c’est dans la forêt enchantée que nous marchons. Nous hâtons le pas pour éviter la pluie annoncée et c’est suffisamment tôt pour ne pas être trop mouillés que nous arrivons à la jonction avec le tour des Annapurnas. Nous sommes descendus de 2000m et pouvons passer l’après midi au sec alors que la pluie redouble d’intensité. Je vais maintenant poursuivre seul sur le tour des Annapurnas.

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Tour des Annapurnas

Me voilà reparti vers les hauteurs. Au démarrage, peu de monde, je suis surpris. Puis au fur et à mesure que je traverse Bagarchhap puis Danaque, je trouve des groupes, pas mal d’israéliens (certaines affiches sont en hébreu). Les français sont les plus nombreux sur ce tour juste devant les Israéliens. J’ai un peu l’impression de me retrouver sur le chemin de Saint Jacques…La montée n’en est pas moins agréable avec de belles vues sur le Manaslu dans mon dos. Il semble me saluer, j’en ai fait le tour ces trois dernières semaines. Les Annapurnas se cachent encore dans les nuages ou derrière d’autres sommets. J’aurai, je pense l’occasion de les voir fréquemment dans les semaines à venir. Ma première journée m’amène à Chame, petite capitale administrative de la vallée, en bout de piste carrossable en jeep. Banque, boutiques de souvenirs, internet…c’est un peu le retour vers le monde moderne.
J’envisageais une journée de repos à Chame mais ce matin, c’est grand bleu et je pars vers Upper Pisang à 3340m. En débutant tôt, finalement, il n’y a pas grand monde sur le chemin. Je marche tranquillement dans les forêts de pins. La piste en construction n’est, heureusement pour moi, pas encore accessible aux jeeps. Un pont est en construction à Chame et bientôt, le tour des Annapurnas perdra un peu de son intérêt. Pour le moment, l’étape est agréable. Les sommets commencent à se dévoiler et à Upper Pisang, je suis face aux Annapurnas II et IV. Le village est superbe, situé à flanc avec ses maisons de pierre à toits plats, ses drapeaux et ses murs de prière. En ce vendredi, les villageois sont réunis pour un concours de tir à l’arc. Les hommes ont revêtus le costume et le chapeau traditionnels. C’est avec les chants et accompagné d’un tambour qu’ils tirent sur une cible.
Je poursuis vers le petit bourg de Manang à 3540m d’altitude. À flanc, les Annapurnas sont face à moi, superbes. Le paysage est plus sec et avant Manang, dans la pinède, j’ai l’impression d’être dans une région méditerranéenne.

Annapurna III depuis le village de Chulu après Upper Pisang
Annapurna III depuis le village de Chulu après Upper Pisang

Manang est une étape classique d’acclimatation. Je pense l’être suffisamment mais je m’accorde quand même une journée de repos. Le ciel est déjà voilé le matin, cela n’est pas bon signe. Tant mieux pour moi, c’est une journée libre. Je monte quand même à plus de 4000m et je suis à mi-descente quand arrive une forte averse de neige. L’après midi sera calme.
Je reattaque la marche. La matinée est comme souvent ensoleillée mais un léger voile semble annonciateur d’une après midi nuageuse. Je vais faire un crochet vers le lac Tilicho. Ma première étape m’amène au Camp de Base à 4150m d’altitude. Je longe la Grande Barrière. Maurice Herzog y chercha un passage vers l’Annapurna en 1950 et dû renoncer. À nouveau au dessus de 4000m, l’altitude se fait sentir. Par endroit, je dois pourtant ne pas trainer. Le sentier passe à flanc d’un vaste éboulis pentu. Un caillou me passe juste devant dégringolant la pente à toute vitesse. J’arrive finalement après 5 heures de marche, sain et sauf, dans un lodge récent et confortable pour cette altitude. Comme prévu, le temps se couvre, la neige se met à tomber. Autour du poêle, entouré d’un groupe d’israéliens, je passe une après midi tranquille. Le lac Tilicho est perché à 4920m d’altitude. Ici, on dit que c’est le plus haut lac du monde. En cette saison, il est complètement gelé. Entouré de sommets enneigés, de glaciers, l’ambiance est très haute montagne. Après un aller retour dans la matinée, je retourne sur mes pas pour rejoindre le chemin qui monte vers le Thorong La. Ce sera le point le plus haut de mon trek au Népal.
Une longue étape de 18km et 1055m de dénivelé positif m’amène au pied du col à 4525m d’altitude. J’ai rejoint le tour des Annapurnas par un beau sentier à flanc face aux pics enneigés.
Les conditions sont hivernales pour le passage du col. Il a neigé cette nuit et une fine pellicule blanche recouvre l’ensemble de la montagne. Il fait un froid polaire à 5h du matin quand le jour se lève. J’ai 5 couches sur moi, 3 paires de gants, 2 paires de chaussettes…Je monte lentement mais régulièrement avec peu de pauses. Mon acclimatation est bonne mais le souffle est court. Je dépasse d’autres trekkers qui semblent en difficulté. Le sentier est glacé par endroit, certains ont mis des crampons. Après une heure, le High Camp permet de prendre une boisson chaude pour se réchauffer. Le soleil commence à poindre et fait du bien pour la remontée vers le col. Je l’atteins après 3 heures de marche. 5416m d’altitude, le Thorong La sera mon point le plus haut au Népal. Un arrêt rapide en raison du froid, et j’attaque les 1700m de descente vers Muktinah. Muktinah est une ville sainte pour les hindous et les bouddhistes. Après cette journée de très haute montagne, l’arrivée dans cette ville détonne : pèlerins endimanchés, vendeurs de souvenirs, constructions anarchiques …Je rejoins la civilisation et vais continuer à descendre les prochains jours.
J’ai l’impression de commencer un nouveau voyage. Le gros des trekkers continue directement vers Jomosom et termine là leur marche. Je poursuis en évitant la piste de 4*4 avec une première étape de Muktinah à Kagbeni aux portes du Mustang. Les paysages ont changé ; je marche dans un environnement minéral aux couleurs ocres avec des petites touches vertes des champs. Les villages sont de type tibétain avec toits plats. Je suis entouré de hauts sommets. Le Dhaulagiri et ses 8167m trône vers le sud. Le Thorong La est bien marqué vers l’est. Je me régale toute la journée jusqu’à Kagbeni avec ses ruelles étroites et ses vues sur le Mustang.

De Kagbeni à Tatopani le long de Kali Gandaki

Je vais pendant plusieurs jours descendre la vallée de la Kali Gandaki pour rejoindre Tatopani et ensuite de là monter vers Poon Hill puis le camp de base de l’Annapurna.
Jomosom est la ville du secteur avec son aéroport, banques, tous commerces…J’ai de la chance car c’est là que j’attrape le mauvais temps. Je suis confortablement installé dans un hotel avec wifi, chambre avec salle de bain attenante et eau chaude. Je rempile une journée supplémentaire compte tenu de la météo. Il pleut, il fait froid, tous les vols sont annulés, le col que j’ai passé avant hier est fermé par la neige. J’en profite pour flemmarder, pour passer à la banque, chez le barbier. Je passe du temps avec d’autres trekkers rencontrés ces derniers jours et bloqués en attente de leur avion. Bref une journée de repos, somme toute méritée après plus de 4 semaines de marche.
Le lendemain, le mauvais temps est toujours là, les vols toujours annulés. Je quitte quand même Jomosom. Il ne pleut pas ou faiblement. Après une heure de marche, un arrêt à Marpha me permet de patienter pendant une averse. Je reprends pour une petite étape.
Depuis que la route remonte la vallée, les marcheurs ont déserté cette partie. C’est dommage car un beau sentier alternatif sur l’autre rive permet de profiter de belles vues sur le Dhaulagiri (pas pour moi avec le mauvais temps) et de traverser de beaux villages. Je profite de cette marche tranquille et à Tukuche, c’est dans une maison ancienne avec balcon et fenêtres en bois ouvragé que je loge. Elle servait de comptoir sur la route commerciale entre le Tibet et le Népal par le Mustang. Au rez de chaussée, se trouvait les étables et à l’étage, les pièces à vivre. Je suis le seul touriste dans cette ville désertée par les trekkers depuis la construction de la piste.

En quittant Tukuche
En quittant Tukuche

Pourquoi ? Why ? Por qué ? Perché ? Почему ? Warum ? מדוע ? क्यों ? 為什麼 ? なぜ ? 왜 ? Varför ?
Pourquoi s’arrêter à Muktinah ou Jomosom. Quelle étape splendide aujourd’hui ! Le beau temps est revenu. Je marche sur un sentier très agréable, dans de belles forêts de pins, facile, bien tracé, tranquille. Le Dhaulagiri est à ma droite, puis à Kalopani, l’Annapurna I à gauche. Je traverse des petits villages hors des sentiers battus…Une nouvelle fois de plus, je me régale. Le soir à Ghasa, il y a cette fois d’autres touristes : un polonais, 2 allemands, 3 suisses membres d’une ONG qui finance une école au Mustang. Je passe une soirée agréable.
Il me reste une petite journée de marche pour descendre la vallée avant, à nouveau, de m’élever vers le sanctuaire des Annapurnas.

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4

Sanctuaire des Annapurnas

Cette dernière partie commence mal. Au point de contrôle, le népalais me dit qu’il n’est pas possible d’aller sans guide vers le camp de base de l’Annapurna. Motif : ma carte TIMS est bleue, donc issue d’une agence (celle avec qui j’ai fait le tour du Manaslu) mais maintenant étant seul, il m’en faudrait une d’individuel. Il me subtilise ma carte. Aussi rapidement, je la récupère dans le tiroir et sans autre forme de procès, m’élance vers Ghorepani… On verra bien plus tard mais je ne retournerai pas spontanément faire enregistrer mon passage aux points de contrôle.
À nouveau, je monte et pas qu’un peu…1820m de dénivelé positif de Tatopani à Ghorepani. Dès le démarrage, une montée raide par des escaliers permet de gagner 400m. Dans mon dos, les montagnes apparaissent. Le Nilgiri d’entrée puis, malgré les nuages, les sommets qui prolongent le Dhaulagiri : Dhampus Peak, Tukuche Peak. Le Dhaulagiri lui reste caché. Avant Ghorepani, les rhododendrons terminent leur floraison. Je termine ma journée sur des tapis de fleur.
Après une montée à Poon Hill pour un lever de soleil …sous les nuages, le chemin vers Tadapani débute dans un cadre enchanteur. Je mitraille avec mon appareil photo. Dans mon dos, le Dhaulagiri éclairé par le soleil matinal, au nord le Nilgiri, l’Annapurna I, l’Annapurna Sud et partout des rhododendrons en fleur. Le spectacle est magnifique ! Je poursuis le plus souvent dans des forêts tranquilles. Le chemin monte et descend par de raides escaliers. Sur la journée, je cumulerai pratiquement 2000m d’escaliers…
Depuis quelques jours le temps est plus lourd. Il fait plus humide et plus chaud. Il faut profiter du soleil des premières heures car les nuages sont rapidement présents. Dès 10h, les montagnes sont cachées et la pluie arrive en début d’après midi. Parmi les sommets cachés sur cette belle étape, le Macchapuchare, telle une star, reste enveloppé dans les nuages.
Au petit matin, le ciel est bleu sans nuage et le Macchapuchare se dévoile dans toute sa splendeur. Je vais l’avoir toute la journée en face de moi. L’étape est rude avec pas mal de montées et descentes en escalier mais elle est belle, souvent ombragée avec les sommets qui toisent le chemin de plus de 4000m de haut. J’avance toujours avec beaucoup de plaisir et le soir, à Deurali, à 3200m d’altitude, je ne suis plus très loin du camp de base des Annapurnas.
J’ai beau être entraîné, la montée à 4100m reste un bel effort. J’arrive en fin de matinée au camp de base. Les nuages sont arrivé à toute allure. Le ciel bleu limpide du matin a laissé place en quelques minutes à une brume qui enveloppe tous les sommets. Dans l’après midi, quelques sporadiques trouées laissent apercevoir le Macchapuchare ou l’Annapurna Sud. L’Annapurna I lui reste dans ses nuages.

Annapurna Sud depuis le camp de base
Annapurna Sud depuis le camp de base

Le camp de base a beau être relativement bas, il est dans un environnement haute montagne. Il domine un glacier qui charie des rochers. Les roches tombent dans un bruit sourd. La limite de la neige est juste au dessus du camp.
Le lendemain matin, comme souvent le ciel est dégagé et je peux profiter du spectacle à 360° des premiers rayons de soleil sur le Hiun Chuli (6441m), l’Annapurna Sud (7219m), le Bharha Chuli (7647m), l’Annapurna I (8091m), le Khangsar Kang (7495m), et face au soleil le Gandharwa Chuli (6248m) et le Macchapuchare (6997m).
Vient le temps de revenir sur mes pas et j’entame une longue descente : plus de 2600m de dénivelés négatifs pour cette journée. À Chomrong, je retrouve un certain confort et, à 2250m, une température plus agréable.

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Trek du Mardi Himal

Alors que j’étais à une journée de Pokhara, je m’offre un dernier petit détour, histoire de prolonger le plaisir de ce trek. Pour cette 37ème journée de marche, je sors du chemin très fréquenté du sanctuaire des Annapurnas pour faire un petit détour sur le sentier du trek du Mardi Himal. Un polonais, rencontré il y a une semaine, me l’a conseillé. À New Bridge, j’entame une longue montée vers la crête au dessus. J’ai pris un guide pour la journée. Le chemin n’est pas balisé et est difficile à suivre. L’ambiance est tout de suite tropicale. Je suis dans une forêt humide, il fait chaud. Je sue à pleine goutte. Le sentier est raide, parfois boueux. Je m’aide des mains par endroit. J’avale les 1000m de dénivelés pour déboucher sur une crête. À 2500m, Forest Camp regroupe 3 petits lodges sommaires. Au cœur de la forêt, je domine la vallée, loin du circuit touristique du sanctuaire des Annapurnas.
Sur ce circuit, on a encore l’impression d’être hébergé chez l’habitant. Les lodges sont simples, familiaux et conviviaux. À Forest Camp, alors que la pluie tombe abondamment, je passe la fin de l’après midi à jouer à la version népalaise de la belote. Nous sommes 4, une autre française, son guide et le propriétaire. Et après le dîner, à 20 heures, il est temps d’aller se coucher.
Je retrouve la même tranquillité au High Camp. À 3550m d’altitude, perché sur la crête et enveloppé par la brume, l’après midi et la soirée sont conviviales. Nous sommes à nouveau 4, perdus dans ce bout de montagne.
Ma dernière journée est nuageuse. Je ne vais pas me plaindre. J’ai eu des conditions exceptionnelles sur pratiquement mes 39 journées de marche. Je monte quand même en direction d’Upper View Point, histoire de ne rien regretter. Le Macchapuchare est tout proche. Les Annapurnas, en face sont en partie noyés dans les nuages.

Macchapuchare depuis la crête du Mardi Himal
Macchapuchare depuis la crête du Mardi Himal

Il est temps de redescendre. 2600m de de dénivelé négatif pour terminer avant d’attraper une jeep pour Pokhara.
Après 40 journées de marche, environ 550km et 35000m de dénivelés positifs, je retrouve l’animation d’une grande ville. Mon trek est terminé.
Sadhu à Pashupatinah
Sadhu à Pashupatinah

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Une réflexion sur « Récit Népal »

  1. Très beau récit et très belles photos, j’espère que j’en ferai d’aussi belles!
    merci pour le partage.

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